jeudi 12 février 2026

Charles Topino (1735-1803), ébéniste sous-traitant du garde-meuble de la couronne

Sans doute originaire d’Arras ou son père fut connu comme ébéniste, Charles Topino (vers 1735 -1803) travailla longtemps comme ouvrier libre du Faubourg Saint-Antoine à Paris, avant de devenir maître ébéniste le 14 juin 1773. Il s'installa rue du faubourg Saint-Antoine.
En 1782, il sera appelé à la charge de député de la jurande des menuisiers-ébénistes.
Il était le frère du marchand-ébéniste Jean-Baptiste, connu à Marseille sous le nom de Topino-Lebrun « marchand ébéniste privilégié du Roi, suivant la Cour » et oncle du peintre néo-classique François Topino-Lebrun.
Il fut également le beau-frère de l'ébéniste Joseph Gengenbach dit Canabas.

Il s’est fait une spécialité des petits meubles de dames (bonheur du jour, tables tambour, chiffonnières…) dans le style dit Transition entre les règnes de Louis XV et Louis XVI.
Ses meubles sont marquetés de natures mortes dont l'inspiration est à chercher dans les panneaux de laques orientales.
Topino exécutait des ouvrages achevés mais fournissait également des panneaux de marqueterie à ses collègues marchands-ébénistes.

Sa réputation tant en France qu’à l’étranger lui permet d’acquérir une importante clientèle de marchands merciers et de confrères ébénistes comme Héricourt, Dautriche, Macret, Migeon, Denizot, Moreau, Delorme, Tuart, Joubert et Boudin mais aussi quelques clients de la noblesse comme le marquis de Graville ou le duc de Penthièvre à Chateauneuf-sur-Loire.

Via ses différents confrères revendeurs, il sous-traita de petits meubles livrés à la famille royale dont une table tambour marquetée d’ustensiles pour Mesdames de France portant les marques de Bellevue, un petit secrétaire à Bijoux à marqueterie d'ustensiles, livré par Joubert au Comte d'Artois à Compiègne en 1774 (n° 2764 du garde-meuble), une table à écrire ovale provenant du service intérieur de Marie-Antoinette à Versailles vers 1773-1774, livrée par Pierre Macret...

Il travaillera de façon prolixe mais sa gestion quelque peu approximative et le contrecoup de la révolution l’amèneront à déposer le bilan dès décembre 1789.

lundi 9 février 2026

Jacques-Joseph Lepaute (1750-1796) dit Lepaute de Bellefontaine, Horloger de Monsieur le comte de Provence

Note biographique :

Jacques-Joseph Lepaute (1750-1796), dit « de Bellefontaine », horloger parisien connu dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, était probablement un cousin des Lepaute, horlogers du roi, originaires de Thonne-la-Long.

Il naît à Bellefontaine près de Luxembourg et vient s’installer à Paris. Après avoir œuvré probablement en tant qu’ouvrier libre, il fait enregistrer ses lettres de maîtrise le 31 mai 1775.
Il eut d'abord son atelier rue Saint-Honoré (1778) puis rue Neuve des Petits-Champs (1780) et enfin rue des Gravilliers (1787).
Il connut des difficultés financières car il fit faillite en 1779. En 1787, il fut emprisonné après avoir mis en gage des objets appartenant à ses clients.

Son fonds de commerce sera prisé listant ses principaux collaborateurs parmi lesquels figuraient les ciseleurs-doreurs ou fondeurs Robert et Jean-Baptiste Osmond, François Rémond, Michel Poisson et Joseph-Noël Turpin, ainsi que l’émailleur Joseph Coteau et le fabricant de ressorts Etienne-Claude Richard.
Pour ses caisses d'ébénisterie, il se fournira entre autres auprès de Nicolas Petit et peut-être Molitor.
Lepaute sous-traita également des travaux aux horlogers Desmières, Poucher et Bruyn et fourniit des mouvements pour horloges en porcelaine au marchand-mercier Dulac.

Il recevra en 1783 le titre de « Horloger de Monsieur », Louis-Stanislas-Xavier de France, Comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. 
Cette charge curiale consistait principalement en l'entretien et le remontage des pendules du princes dans ces différentes demeures, principalement à Versailles et au palais du Luxembourg.
Il livra notamment des horloges au Prince Charles de Lorraine et reçut commande d’une pendule monumentale aux armes de Stanislas Auguste Poniatowski, roi de Pologne en 1777.
On trouve également mention d'une de ses horloges dans l’inventaire après décès de Antoine-César de Choiseul-Praslin duc de Praslin (1808).

En 1790, il épousait Edmée Marseille dont il eut un fils Jean-Jacques qui avec son neveu Auguste-Pierre apparaissent dans les fournisseurs de la maison du roi entre 1815 et 1830.

De nos jours, ses réalisations appartiennent à d’importantes collections dont la Wallace Collection, le Victoria & Albert Museum à Londres, le Palais royal de Varsovie, les Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles et les collections royales britanniques.

Le mobilier national conserve de lui un rare modèle aux dauphins :


Ce modèle "Vaze dauphin & jets d'eau" est reproduit sous le N°101 du recueil des dessins de pendules de l'INHA sous le nom du bronzier Bécourt ou Brécourt.
La pendule se déclinait en marbre et bronze ou toute en fonte, avec les bronzes dorés ou patinés de 192 à 210 livres.

mercredi 28 janvier 2026

Antoine Foullet (vers 1710-1775), maître ébéniste à Paris

Antoine Foullet né vers 1710 fut un ébéniste spécialisé en caisses de pendules et de régulateurs.
Reçu maître le 17 février 1749, il exerça rue du Faubourg-Saint-Antoine en face de la rue Saint-Nicolas
Il devint juré de sa corporation en 1756 et maître de la confrérie de Sainte-Anne des maîtres menuisiers de la ville de Paris au couvent des Carmes Billettes.

son estampille

Il épouse vers 1730 Geneviève Bailleul dont il eut pour enfants :
- Marie Geneviève mariée à Antoine-François Beckers, horloger, puis André César Vallée, fondeur et Jacques-Antoine Gelé, fourbisseur,
- Pierre-Antoine, maitre ébéniste,
- Antoine André, maître horloger.

Il travaillait spécialement pour les horlogers, produisant des boîtiers de pendule, cartels et gaines de régulateurs en marqueterie de bois des Indes, qu'il orna de bronzes fondus chez Héban, rue des Arcis.
Il travailla également la marqueterie dite Boulle, le vernis martin et la laque.
A partir de 1752 il collabore avec Jean-Joseph de Saint-Germain, fondeur parisien très réputé dans la réalisation de caisses de pendules dont il semble avoir donné les dessins.

On retrouve sur ces caisses d’ébénisterie les mouvements de nombreux horlogers parisiens dont Philippe Barat, Cormaison, Fillon, Panier, Richard, Viger, ou de province comme Burgeat, Caron et Caranda à Versailles, Michel à Dijon, Musson à Orléans, Johann Jakob Straubhaar à Strasbourg...
Ayant également travaillé avec des horlogers du roi tels Julien Le Roy ou Jean-André Lepaute, il n'est pas impossible qu'il leur ait fourni des caisses d’ébénisterie livrées ensuite à la cour de France sous Louis XV.

Cependant Antoine Foullet ne semble pas s’être limité à ce genre de production. En effet, le musée de Stockholm conserve une commode de style Transition portant son estampille ainsi que celle du marchand-ébéniste Léonard Boudin.




Ce meuble s’apparente à toute une série de commodes signées ensuite par son fils  ébéniste Pierre-Antoine Foullet, ce qui laisserait supposer que les deux hommes travaillèrent ensemble et que le fils se serait inspiré de la première oeuvre de son père pour tous ses futurs travaux d’ébénisterie.

A sa mort survenue le 24 septembre 1775, il laissait en cours d’exécution une douzaine de boîtes de pendule dont la prisée fut faite par ses confrères Lieutaud et Duhamel, réputés tous deux pour le même genre d’ouvrages.

Sources et bibliographie :
Minutier central des notaires, Archives nationales, Paris
Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle - Pierre Kjellberg - Les Editions de l'Amateur - 2002
Les ébénistes du XVIIIe siècle - Comte François de Salverte - Les éditions d'Art et d'Histoire - 1934