L’identification précise de ce Bardou demeure discutée :
l'historien d'art Antoine Maës a proposé d’y voir Charles Bardou (né vers 1685), qualifié de peintre et doreur ordinaire du roi dès 1730, mort avant 1754, marié en 1725 à Marie-Marguerite Bouteiller (née vers 1705).
Ce Charles Bardou était cependant très probablement l'oncle paternel de Gaspard-Marie, mentionné dans les comptes de 1764.
Ce dernier aurait donc pu être formé dans l'atelier de son oncle et prendre sa succession au service du garde-meuble royal.
Marie-Catherine Renon, dite veuve Bardou, était mariée depuis 10 ans lorsque son époux mourut vers 1764. Elle reprit l’atelier et en assura la continuité avec succès.
Les lacunes documentaires - une seule boîte de comptes conservée pour 1725-1764 - rendent difficile l’évaluation de l’activité antérieure ; en revanche, la période 1765-1786 atteste d’une entreprise régulièrement employée par la famille royale.
Son atelier travailla pour Louis XV, Marie Leszczyńska, le dauphin et la dauphine, Mesdames, puis pour Louis XVI, Marie-Antoinette, le comte d’Artois et d’autres membres de la Maison royale, dans les châteaux de Versailles, Saint-Hubert, Compiègne, Marly et Fontainebleau.
La production est vaste : sièges, lits, paravents, candélabres, plafonds et dessus-de-porte.
L’atelier ne se limitait pas à la dorure à la feuille, mais pratiquait également le blanchiment et la peinture du bois, l’usage d’argent moulu et l’application de bronzes.
Les montants facturés oscillent le plus souvent entre 10 000 et 20 000 livres par an.
L’année 1770 constitue une exception remarquable : près de 114 000 livres furent facturées, dont 42 000 pour vingt-huit « grands candélabres », surement les torchères ou guéridons destinés à la galerie des glaces pour les festivités du mariage du dauphin.
Parmi les autres travaux d'importance, on peut citer en 1773 la dorure des 12 pliants de la chambre de la comtesse d'Artois à Versailles,
en 1779, la dorure des sièges livrés pour le cabinet doré de la reine Marie-Antoinette à Versailles,
en 1781 la dorure des fauteuils et chaises du menuiser François II Foliot pour le salon du Belvédère au petit Trianon,
et en 1785 la dorure des chaises, paravent et écran du menuisier Boulard pour le salon des jeux de Louis XVI à Versailles.
On observe également une évolution du titre : de peintre et doreur ordinaire du Roi en 1765, elle devient en 1775 peintre et doreur ordinaire du Garde-Meuble de la Couronne, signe d’une intégration administrative plus formalisée.
Contrairement à d’autres métiers plus utilitaires, de nombreuses œuvres de la veuve Bardou subsistent aujourd’hui, offrant un témoignage rare de l’activité d’une femme à la tête d’un atelier d’importance au cœur du système versaillais.
Sources :
Archives Nationales, minutier central des notaires.
Au service de la cour, Arisans, savoir-faire excellence à Versailles au 17e et 18e siècle, centre de recherche du chateau de Versailles.
Base des collections du chateau de Versailles

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