samedi 29 novembre 2025

Becourt ou Brécourt, bronzier actif sous Louis XVI

On sait peu grand-chose du bronzier Becourt ou Brecourt, mais des documents d'archives le mentionnent à plusieurs reprises avec des ventes à la cour de France à l'époque de Louis XVI.
Pierre Verlet ne le cite cependant pas dans son ouvrage sur les bronziers du 18e siècle. 
Une partie de sa production est connue au travers de dessins de modèles reproduit dans le recueil aujourd'hui conservé à la bibliothèque Doucet, à Paris (VI E Rés.).
J'y lis le nom comme Becourt et non Brecourt sous lequel on le retrouve souvent.

Je tente un petit corpus illustré à partir de ce recueil avec des modèles en bronze réalisés d'après ces dessins :



Cartel [aux sirènes ?] correspondant au n° 113 avec la mention Becourt





Pendule aux dauphins, modèle de Brecourt vers 1775, correspondant au n° 100 avec la mention Becourt.
Ce modèle inspirera la manufacture de Sèvres pour une pendule en porcelaine livrée à Louis XVI à Versailles.


autre modèle de caisse en bronze se rapprochant du modèle n° 103 donné à Bécourt.. 
Le mouvement est signé de l'horloger Roque  qui fut un fournisseur de la cour mais aucun modèle proche n’apparaît dans les inventaires royaux :


Pendule borne à vase vers 1770
auteur : 36 cm., Longueur : 28 cm. Profondeur : 13 cm.
Signé sur le cadran "Roque / A Paris".

Bibliographie : Ottomeyer/Pröschel, VergoBdete Bronzen, München1986, p.28, 197, 226, 228

Jean François Delacour, maitre ébéniste en 1768

Jean François Delacour fut reçu maître ébéniste à Paris le 24 février 1768. On sait  cependant peu de chose de sa production, il est mentionné rue du faubourg Saint Antoine jusque vers 1783.

son estampille :

On trouve cette estampille sur une petite table Louis XVI en placage de Bois satiné et frise d'entrelacs et draperies en bronze portant la marque de Bellevue et le n° 122.3, probablement d'un ensemble de 3 meubles livrée en même temps.

Cette rare oeuvre royale estampillée en vente chez Sotheby's 



Elle fil partie de la collection de Jean Nicolaÿ (1890-1959), auteur du livre “L’art et la manière des ébénistes du XVIIIe siècle” en 1985..

Bilbiographie : 
J. Nicolay, L’art et la manière des ébénistes français au XVIIIe siècle, Paris, 1976, p.56 fig. A (illustré).
P. Kelljberg, Le Mobilier français du 18e siècle. Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, 1998, p.228 (table citée)

jeudi 13 novembre 2025

Gabriel Courieult, maître horloger et la pendule lyre Beau-bleu de Sèvres

Installé à Paris, Gabriel Courieult fut reçu maître horloger le 30 septembre 1767. Il mourut vers 1786.
Il demeurait rue de Grenelle-Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache.
Il compta parmi sa clientèle le duc de Saint Aignan , la marquise de Croissy ou le président de Miromesnil.
Sa veuve Geneviève Barrau qui poursuivit son activité jusqu'à la révolution eut également Louis Philippe Joseph, duc d’Orléans, comme client au Palais-Royal vers 1791.
Sa production signée reste rare. A côté de quelques montres, il produisit des mouvements de pendules à cercles tournants dont certains associés à des caisses en bronze doré spectaculaires comme celle à l'allégorie du Temps vers 1780 vendu par Sotheby's.



Il réalisa également ce type de mouvement pour un célèbre modèle à Vase et serpent vers 1770 dont un exemplaire porte la marque du bronzier fondeur Jean Baptiste Gaulier ou Gautier qui pourrait donc être le créateur de ce modèle qui plut à Mme du Barry et à la reine Marie-Antoinette :



La pendule-Lyre en "beau-bleu" de Sèvres, spécialité de Courieult :



Selon les comptes de la manufacture de Sèvres, seulement sept pendules-lyres de ce type, c'est-à-dire "beau bleu" ont été produites.
Gabriel Courieult acheta deux caisses de pendule-lyre en porcelaine en 1785, sa veuve Geneviève Barrau deux autres en 1786, puis trois autres en 1787 et 1788.
Deux de ces exemplaires "beau bleu" furent acheté par Louis XVI dont l'un est décrit en 1787 dans le Salon des Jeux du Roi au château de Versailles.
Un des exemplaires connus [ill. supra] dont le cadran est enrichi d'émaux de Joseph Coteau a été déposé par le Louvre au château de Versailles.
A sa suite, plusieurs de ses confrères, dont l'horloger Kinable, utilisèrent également ce modèle lyre en porcelaine avec d'autres variantes de couleurs.

Vert céladon en porcelaine de Locré,
mouvement de Kinable


Rose dit "Pompadour" en porcelaine de Sèvres,
Mouvement de Kinable

mardi 11 novembre 2025

Thomas Merlin, orfèvre ordinaire de Louis XIV

Originaire de Lorraine, Thomas Merlin (v.1620-1698) fit partie des orfèvres choisis par Colbert pour mettre en œuvre le projet de renouvellement artistique décidé par le roi Louis XIV.
Influencés par le travail du peintre Charles Lebrun (1619-1690), ces orfèvres - Claude Ballin, Thomas Merlin, Pierre Germain et Nicolas Delaunay - seront réunis aux Galeries du Louvre.
En 1642, il demeurait rue Saint Germain l'Auxerrois. Il épousera Jeanne Thiery dont il aura un fils prénommé Pierre.
En 1660, il logeait au Louvre dans l'ancien atelier du sculpteur Jacques Sarrazin.
On trouve dans l’Inventaire du mobilier de la Couronne, dans le Journal du Garde-Meuble de la Couronne et dans les Comptes des bâtiments du Roi des commandes passées et des acomptes versés à Thomas Merlin dès 1665.
Il réalise entre autres pour la couronne des bassins, des brancard ou des vases.
En juillet 1666, il livrait à la couronne deux vases d'argent ornés sur la panse des allégories de l’Éloquence ou de l'Architecture dans un médaillon.
En 1669, il livrait partie d’une série de douze flambeaux d’argent représentant les douze mois, d'après un dessin de Lebrun, réalisés avec ses confrères Jean de Viocourt, René Cousinet et Jacques Dutel et dont une paire ornait la table du salon d'Apollon.



En juillet 1682, il livrait quatre grandes corbeilles d’argent de 57 centimètres de diamètre ciselées à jour, qui étaient vraisemblablement garnies de fleurs puisque pourvues de bassins pique-fleurs amovibles.
2 corbeilles furent placées sur les tables consoles du salon de Mars.
Les deux autres corbeilles identiques de cette livraison garnissaient les deux tables d’entre-fenêtre des salons de Mercure et d’Apollon.
Il participa également à la fonte de la série des flambeaux aux Travaux d'Hercule aux coté de ses confrères Jacques Dutel, orfèvre aux Gobelins et des orfèvres parisiens Jean de Viaucourt et René Cousinet.
4 furent placés dans le salon de Mars et les huit autres de la série étaient alignés sur la balustrade du salon de Mercure.



En août 1685, il livrait les trois derniers guéridons d'argent du salon d'Apollon avec la veuve Germain et Nicolas Delaunay.
Cette série avait été initié en 1668 (4) puis complétée en 1684 (3).



Avec ses confrères Ladoyreau et Cousinet , il livrera un ensemble de 16 tabourets en argent destinés à meubler la Galerie des Glaces en 1688.
A cette date, Thomas Merlin demeurait toujours aux Galeries du Louvre.
Il apparaît dans la célèbre tapisserie de la visite du roi aux Gobelins portant un plat ovale, tapisserie dont le carton est conservé à Versailles.



Cette orfèvrerie demeure extrêmement rare car le Roi ordonna, en décembre 1689, la fonte du mobilier d’argent pour financer les dépenses de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

lundi 27 octobre 2025

Charles André Caron (1698-1775) Horloger du roi

Bio express : 

1698 : naissance le 26 avril de Charles-André Caron, fils de Daniel Caron, maître horloger à Meaux, marchand bourgeois de Lizy-sur-Ourcq, et de Marie Fortin. Sa famille est protestante.
Avant 1721 : il s’engagea brièvement dans le régiment de dragons de Rochepierre sous le nom de Caron d’Ailly.
1722 : installé et formé à Paris, il abjure le protestantisme pour pouvoir être reçu maître-horloger. Il ouvrira sa boutique rue Saint-Denis à Paris.
Il épouse Marie-Louise Pichon (1702-1758). Il en aura 10 enfants dont la plupart mourront en bas-âge.
1732 : le 22 janvier, naissance de son fils Pierre-Augustin Caron, futur Beaumarchais.
1744 : l'horloger Jean-Antoine Lépine entre en formation dans son atelier. Il deviendra son associé et son gendre en épousant sa fille Madeleine-Françoise Caron en 1756.
Charles André Caron apparaît alors parmi les maîtres horlogers fournissant le roi dont une pendule livrée à Mme Adélaïde en 1757, dans une caisse de bronze attribuée à Osmond, conservée à Versailles (dépot du Mobilier National).



1750 : ne supportant plus ni ses incartades ni son insolence, il chasse son fils du domicile familial.
Vers 1760 : il crée la première montre-squelette.
1761 : le 24 novembre, Charles Caron renonce à son commerce d'horloger.
L'année suivante son gendre Lepine devient horloger du roi.
1763 : en janvier, son fils Beaumarchais achète une maison au 26 de la rue de Condé à Paris ou il loge son père et ses 2 soeurs cadettes.
1766 : en janvier, André-Charles Caron se remarie avec Jeanne Guichou, veuve Pierre Henry.
1775 : fraîchement remarié à Suzanne Léopolde Jeantot le 18 avril, Charles-André Caron décède le 23 octobre.

vendredi 17 octobre 2025

Gilles-Paul Cauvet, sculpteur de Monsieur, frère du roi



Frontispice de son ouvrage de 1777
avec le portrait du comte de Provence et une dédicace gravés

Gilles-Paul Cauvet, né en 1731 à Aix-en-Provence et mort le 15 novembre 1788 à Paris, fut un important sculpteur sur bois et ornemaniste français.
Il demeurait à Paris, rue de Sèvres , près la rue du Petit-Bac.
Il fut marié à Marguerite-Geneviève de Ligny, veuve en premières noces de Jean Liottier, maître sculpteur.
Le couple eut deux enfants survivants, Marie-Pauline et Edme-Charles.

Il fut reçu membre en 1762 de l'Académie de Saint-Luc, guilde parisienne des peintres décorateurs et sculpteurs en bâtiments. Il en devint directeur en 1766.
Il dessina des ornements, décors de boiseries et meubles, essentiellement de style Louis XVI.
Il publiera, en 1777, son livre de dessins gravés pour des intérieurs et des meubles qui influencera de nombreux sculpteurs sur bois.

Vers 1775, il fut nommé sculpteur ordinaire des bâtiments de Monsieur, le comte de Provence, frère de Louis XVI, futur Louis XVIII.
Il participa à la décoration du Palais-Royal, du palais du Luxembourg, du Palais du Temple, de l'opéra royal de Versailles.
collaborant souvent avec les architectes Jean-François Chalgrin, Alexandre-Théodore Brogniart et Etienne-Louis Boullée, il décora de nombreux hôtels parisiens dont les hôtels de Noailles, de Mailly-Nesles, de Mazarin, du Nivernais, Kinsky...



mardi 7 octobre 2025

Nicolas Thomas (? - après 1806), Horloger du roi

Nicolas Thomas est reçu maître-horloger le 20 septembre 1778.
Il fut nommé la même année Horloger du Roi, fournissant donc peut-être des montres ou pendules à Louis XVI.
Il épousa Thérèse-Emilie Millot, la fille de l’horloger pensionné du roi Pierre Millot.
Vers 1781-1783, il se trouve établi rue du Bac, vers 1787-1789 il est dans la rue de l’Echelle ; en 1806 il est rue de Grétry.
Il marquait ses cadrans de "Thomas à Paris".

A la même époque, deux autres artisans portant le même nom obtinrent également la maîtrise horlogère :
- Philippe Thomas, le 5 fevrier 1779
- François Thomas, le 6 mai 1780.
J'ignore pour l'heure si ils ont liens de parenté ou simple homonymie.

Le musée Getty conserve un exceptionnel cartel, dont le créateur du modèle est malheureusement inconnu, portant un cadran signé de cet horloger.



Le mobilier National conserve de lui une pendule portique de la fin du règne de Louis XVI.



Il a réalisé le mouvement d’une pendule avec boîte de François Rémond, d'après un modèle de Louis-Simon Boizot représentant l’Etude et la Philosophie et dont le cadran est de Dubuisson, celui d'une pendule empire avec caisse du bronzier Pierre-Victor Ledure ainsi que celui d’une pendule empire avec boîte de Claude Galle, représentant la chute de Phaéton.


Marché de l'art

Par l’intermédiaire de Galle, Thomas connut dans la première décennie du XIXe siècle une certaine notoriété.
Certaines de ses réalisations sont mentionnées chez le maréchal Michel Ney, prince de la Moskowa, le maréchal Louis-Alexandre Berthier prince de Wagram, ainsi que dans l’inventaire après décès de la femme de Louis-Amable-Auguste-Ursule-Achille de Sparre.

Sources :
Pierre Kjellberg, Encyclopédie de la Pendule Française du Moyen Age au XXe Siècle, 1997
Pierre Verlet, Les bronzes dorés français du 18e siècle

dimanche 28 septembre 2025

Pierre Millot, horloger pensionné du roi

Pierre Millot serait né vers 1719.
En 1742, il travaillait à Paris comme compagnon puis il fut reçu maître horloger le 1er août 1754 par décret du 25 juin de la même année.
Il s'installa rue Saint-Dominique près la rue du Bac, paroisse de Saint-Sulpice à Paris.
En 1754, il épousa Thérèse Émilie Lefebre, dont il eut Jean-Pierre-Nicolas (maître-horloger en 1785) et Thérèse-Émilie, qui épousera Nicolas Thomas (mort après 1806), nommé horloger du Roi en 1778.
En 1777, il donnait en bail à Jean-Baptiste Duluc, maître horloger au service du comte d'Artois, demeurant rue Taranne, paroisse Saint-Sulpice, sa boutique sise rue du Bac, au coin de la rue Saint-Dominique, moyennant 900 livres par an
Sa réussite lui valut une belle aisance financière, au point qu'il devint propriétaire d'une maison de campagne à Issy où il se rendait l'été.
Il continua à travailler jusqu'à sa retraite à Sens en 1785 ou il œuvra à la création d'une nouvelle horloge pour la ville.
Il vivait encore en 1794. En octobre de cette année (28 vendémiaire, an III), le citoyen Pierre Millot, ancien horloger, à Paris, demandait la continuation de sa pension de 300 livres accordée par Louis XV en 1763 pour l'invention et l’exécution d'une pendule placée au château de la Muette - une demande qui lui fut refusée.

Pour la production de ces pendules, il a collaboré avec le sculpteur René Michel dit Michel-Ange Slodtz (1705-1764) à la conception de différents modèles de caisses d'horlogerie.
Il a été fourni par le fondeur-ciseleur Robert Osmond (1711-1789, maître en 1746).

En 1762, Pierre Millot avait présenté deux de ses nouvelles horloges à demi-secondes à l'Académie des Sciences dont une astronomique.
La même année, il fournissait au Menus-Plaisirs pour 4000 livres la pendule du grand salon du château de la Muette.
Cette pendule astronomique, qui indiquait tous les mouvements célestes, diurnes & nocturnes, avait été présentée au Roi.
Cette livraison lui valut son titre d'horloger du roi et une pension royale de 300 livres.

En 1772, il créa une autre horloge innovante à calendrier, sonnant les demi-secondes aux heures et aux demi-heures, avec indications de l'année, du mois, des jours de la semaine et du lever et du coucher du soleil à Paris. Selon Tardy, ce calendrier comportait 9999 ans.

Jean Dominique Augarde, Historien d'Art, émet l'hypothèse que Millot serait aussi l'auteur « des pendules à équations, l'une solaire et l'autre lunaire, décorées de bronze ciselé et doré en bronze doré relatifs au soleil et à la lune, avec des attributs d'Apollon et Diane… » livrées en 1762 par Gilles Joubert dans la petite chambre de Louis XV à Versailles et dont les caisses d’ébénisterie subsistent dans les collections royales anglaises.
L'inventaire de 1791 les décrits comme "Une pendule à seconde dans la boëte de marqueterie richement orné de bronze doré portée sur quatre pieds à griffes de lion et terminée par un vase à bouton de flamme de 7 pieds 2 pouces de haut. Une autre pendule à boussole; le cadran à 24 heures mêmes ornements et terminé par un vase à étoile".
La deuxième horloge aux attributs de Diane était une horloge planétaire selon le système de Ptolémée.

Pierre Millot bénéficia également du patronage de nombreuses autres personnalités de son époque dont M. Dejean, le marquis de Beringhem, le duc et de la duchesse de Chevreuse, le duc d'Aumont, dont la vente en 1782 comprenait une pendule de Millot, logée dans un boîtier plaqué orné de bronze doré, vendue 584 livres.


Exceptionnelle pendule astronomique signé de Millot
caisse en bronze doré attribué à Robert Osmond
Epoque Louis XV vers 1760

Sources :
Archives nationales, minutier central des notaires.
Journal des débats et décrets - 1794
Dictionnaire des Horlogers français, Tardy [Henri - Gustave Lengellé]
Les bronzes dorés français du 18e siècle, Pierre Verlet.
Les Ouvriers du Temps, Jean-Dominique Augarde

samedi 27 septembre 2025

François Vion, maitre bronzier-fondeur

François Vion est l’un des plus importants bronziers-fondeurs parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il est reçu maître fondeur le 17 février 1764.
En 1765, il est domicilié rue de la Savonnerie, Paroisse Saint-Jacques-la-Boucherie.
L'almanach de 1782 le localise rue Quicampoix, adresse ou il est installé depuis au moins 1777.
Il fut marié à Prudence Bouclin ou Buclin décédée le 9 août 1799.
Il décède à Paris en 1807 ou 1818.


Pendule Les Trois Grâces vers 1769
Ancienne collection de Madame du Barry
Modéle de François Vion, 
bronze de Germain et mouvement de Lepaute à Paris

Confrère et concurrent des Osmond et de Jean-Joseph de Saint-Germain, il se spécialisa dans la création de caisses de pendules dont plusieurs modèles portent sa signature.
Il produisit également quelques éléments décoratifs en bronze doré, tels que des socles pour statuettes ou des montures de vases.
Sa production s'inscrit dans le style transition dit à la grecque puis Louis XVI et jusqu'au directoire ou consulat.


Pendule à L'Autel à l’amour & à Mars
dite aussi L’amour triomphant de la guerre ou La Guerre & la Paix
Cadran et mouvement signé Gilles l’ainé à Paris
Modèle de François Vion, époque Louis XV, vers 1765

Vion livra ses modèles, dont certains sont signés, à de très nombreux horlogers parisiens dont Gilles l'aîné, Lepaute, Berthout, Charles Le Roy, Lépine, Furet...
Ces caisses de pendules se retrouvèrent ainsi dans les plus grandes collections de son époque dont le garde-meuble royal (Louis XVI, Marie-Antoinette), le comte d'Artois, Mme du Barry, le prince de Condé...


Pendule dite à la gloire des Princes
dont Louis XVI eut un exemplaire à Versailles
Modèle de François Vion vers 1770
Mouvement de Charles le Roy

Il travailla également en 1777 pour l'abbaye royale de Saint-Denis ou il fut chargé de la confection de la chasse [ou reliquaire] de Saint-Denis de Corinthe.

Pendule dite La pleureuse, La douleur ou à l'oiseau mort.
d'après un modèle de François Vion.
des exemplaires sont identifiables dans les collections royales
Le Cadran signé Lepaute, Horloger du Roy
Epoque Louis XVI. 

Bibliographie :
H. L. Tardy, Dictionnaire des horlogers français, 1974
Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, 1986
Pierre Verlet, les bronzes dorés français du 18e siècle, 1987.
Pierre Kjellberg, La pendule Française, 1997

vendredi 19 septembre 2025

Jacques Aury ou Hory, horloger ordinaire du roi à Paris

Note biographique :

Très certainement issu d’une dynastie d’artisans parisiens actifs dès le début du XVIIe siècle, Jacques Aury ou Hory est né le 25 janvier 1634.
Il était le fils de Augustin, maître graveur ordinaire du Roi, et de Barbe Michon.
Il eut une sœur prénommé Marie, née vers 1617, un frère mis en apprentissage en 1642 chez Grégoire Huret, maître graveur & dessinateur ordinaire de la Maison du Roi, et un autre frère, Augustin, mis en apprentissage chez le marchand mercier joaillier Jean Combes en 1643.
En 1648, son père le mit à son tour en apprentissage chez Denis Champion, maître horloger, demeurant rue de la Vieille-Draperie, paroisse Sainte-Croix en la Cité.
Il est signalé dès 1658 à Saint-Germain-des-Prés où il est nommé juré le 16 juillet 1674.
Entre 1673 et 1690, il porta le titre d'Horloger ordinaire du Roi.
Après la réforme du métier des horlogers, il est reçu maître à Paris le 6 juin 1675.
Il habita à la Cour Saint-Eloi (1676) et ensuite dans la rue de la Vieille Draperie (1684).
Il fut garde-visiteur de sa corporation en 1682-1684 et en 1688-1690.
Jacques Hory était marié avec Geneviève Guzon ou Jeson et mourut avant le 22 décembre 1700, date de la clôture de l'inventaire de ses biens.
A cette époque, le couple occupait une maison à l'enseigne de La Pomme d'Or, sise Quai des Morfondus.
Son fils Jean-André Hory lui succédera et sera garde-visiteur en 1722 et mourra après 1748.

pendule dite « tête de poupée » en marqueterie « Boulle »
première partie et bronze ciselé et doré
Paris, époque Louis XIV,  vers 1685
Signé « Jacques Hory A Paris » sur la platine arrière du mouvement
(c) Galerie La Pendulerie, Paris

Sources :
Minutier central des notaires, Archives Nationales
Tardy, Dictionnaire des horlogers français, Paris, 1971
Verlet, les bronzes dorés français du 18e siècle, 1987
Le maître horloger Louis Ourry (1643-1699), Erik Wauters, 2022

jeudi 18 septembre 2025

Michel Lamy, horloger de Monseigneur le dauphin

Né en 1721, Michel Lamy est cité comme horloger demeurant au vieux Louvre, paroisse saint-germain-l'auxerrois en mars 1757.
Il reçut sa maîtrise à Paris le 3 septembre 1767.
Il débuta sa carrière en signant Lamy au Louvre ou à Paris et si l'on s'en tient à certaines de ses signatures, il fut nommé horloger de monseigneur le dauphin.
En 1771, il contractait une rente perpétuelle de la compagnie des Indes.
En 1772, il demeurait rue Froid-Manteau, paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois.
Il décédera à Paris le 21 février 1807 au 22, rue Saint-Thomas-du-Louvre.

Il ne semble pas pouvoir être confondu avec Nicolas Lamy-Gouge installé à Versailles qui fut également horloger du roi sous Louis XVI.

Sa production horlogère se retrouve sur des caisses d’ébénisterie ou de bronze doré allant du style Louis XV-rocaille puis transition et Louis XVI.
Parmi ses fournisseurs, il travailla avec l'ébéniste Duhamel.
Le Louvre possède une montre en or émaillée de cet horloger.

Un beau et rare cartel datable vers 1770-1775 portant sa signature passe en vente :


Cartel d'alcôve à sonnerie à la demande en bronze ciselé et doré, 
à décor de grecques, cannelures et guirlandes de feuilles de laurier, 
l’amortissement au globe terrestre drapé,
le cadran circulaire émaillé blanc à chiffres arabes et romains en noir 
signé "Lamy Hger De Mr Le Dauphin",
le mouvement signé "Lamy A Paris".
Epoque Louis XVI.
Haut. : 44 cm - Larg. : 22 cm - Prof. : 10 cm
(c)  Guillaume LE FLOC'H SVV

sources et bibliographie :
Minutier central des notaires, Archives Nationales
Tardy, Dictionnaire des Horlogers français, 1972.
Verlet, les bronzes dorés français du 18e siècle, 1987.
Les montres et horloges de table du Musée du Louvre, Catherine Cardinal, 2000

mercredi 10 septembre 2025

Julien-Pierre-François Goudel, fabricant de laque

Julien-Pierre-François Goudel fut connu de 1834 à 1844.
Avec son épouse Alphonsine Descamps, fabricante de laque, épousée en 1827, cet ancien commis marchand, originaire de Rennes, devint artisan à la tête de Goudel et Cie.
A l'enseigne "Aux deux Chinois", leur atelier connut plusieurs adresses : 27 rue Meslay (1834), 28 rue des Vinaigriers (1836-1838), 28 rue des messageries (1839), 124 rue du faubourg saint-martin (1841) et enfin passage du désir (1844).

Goudel et Cie se spécialisa dans la production de meubles et petits objets laqués dans le gout chinois, indien, anglais et français.
Inspiré du mobilier en papier mâche qui s'était développé en Angleterre, ce style de laqué fut mis à la mode en France à partir des années 1830.
Goudel et Cie fabriqua également des petits meubles de style médiéval, renaissance ou mauresque.


GME 3028

Cette maison fournit, le 21 juin 1839, pour le nouveau salon de famille du Grand Trianon, trois guéridons à pivot pour 120 francs.
Ils restèrent dans ce grand salon avant d'être repris par le Mobilier national le 13 mars 1900.
Deux reviennent à leur place originelle en 1965 (GME 3027 et GME 7170). 
Le troisième (GME 3028) sera finalement déposé en 2018.


GME 3027

Pour le château de Saint-Cloud, Goudel livra 6 fauteuils et 6 chaises en laque de chine, filets et palmettes d'or en 1838.
En 1839, il livrait au même endroit 2 guéridon en laqué, et y réparait deux cabinets de laque.
Il restaura également des commodes de laque et des bonheur du jour du garde-meuble ainsi qu'un ancien clavecin en laque au château de Pau.



GME 7170

Louis Philippe acheta également deux autres tables tripode à l'Exposition universelle de 1839 à Paris, l'une à Goudel, l'autre au laqueur Osmont, décrite comme étant de genre anglais décorée de fleurs, destinée à l'usage de sa belle-fille, la duchesse d'Orléans.


guéridon à plateau dans le gout anglais attribué à Goudel et Cie
plateau d'après un dessin pour papier mâché de Jennens and Bettridge
(Marché de l'art)

Sources et bibliographie :
Archives de la maison du roi sous Louis-Philippe
Denise Ledoux-Lebard, Le Mobilier français du XIXe siècle, Editions de l'amateur.
Denise Ledoux-Lebard, Le Grand Trianon : meubles et objets d'art, Editions de Nobele.
Catalogue d'exposition : Un âge d'or des arts décoratifs, 1814-1848. RMN
Site du château de Versailles
Bentley & Ardgowam antiques

Charles Jacques Tournay, maitre bronzier fondeur ciseleur doreur

Né avant 1739 et mort après 1791, cet artisan du métal était le fils de Pierre Tournay, bourgeois et maître charron à Paris, et de Catherine Vivien.
Il eut une sœur prénommée Geneviève Catherine (vers 1728-après 1761).
En 1764, il épousait Marie Geneviève Delagarde, maîtresse couturière et fille d'un maître chandelier.
Il fut reçu maître bronzier fondeur le 31 janvier 1765.
En 1770, il est cité comme maître ciseleur rue du Four paroisse Saint-Sulpice. Il est alors créancier du menuisier Claude Fontaine.
En 1771, il est témoin comme ami au mariage du sieur Gilard, ciseleur.
Entre 1786 et 1788, il apparaît dans les mémoires de Jean Hauré pour le garde-meuble comme fondeur ou ciseleur.
Il livra à la cour des appliques de sa production et œuvra également à la ciselure de bronzes destinés à des meubles royaux pour Fontainebleau ou Compiègne.
Il fut également en relation avec Ferdinand Berthoud, horloger-mécanicien du roi.
Il fit faillite le 28 mars 1789 mais est encore cité en 1791 comme doreur. A cette date, il fut poursuivi pour loyer impayé.

un modèle royal attribué à Charles Jacques Tournay

Une acquisition récente du château de Versailles donne un piste d'identification de l'un de ses modèles de luminaire en bronze.



Cette paire fait partie d'une série de 4 acquises par le château de Versailles en octobre 2022 lors de la vente de la collection de Ann et Gordon Getty par Christie's New York, grâce au legs de madame Jeanne Heymann.

La conservation du château a identifié ce modèle comme ayant été livré en 1787 par Jean Hauré pour la chambre du duc d'Harcourt, gouverneur du Dauphin, dans son appartement au rez-de-chaussée du château de Versailles.

Elle attribue la paternité du modèle de ces bras au bronzier Charles-Jacques Tournay dans les années 1775-1780.
On sait que Tournay émargea pour le service du garde-meuble sous la direction de Hauré entre 1786 et 1788 tant comme fondeur que ciseleur.
Les mémoires très précis de Hauré permettent d'identifier petit à petit une partie des bronzes d'ameublements (flambeau, appliques, chenets et ornements de meubles) fait exprés pour la couronne ainsi que les achats de modèles déjà à la mode.

Ce modèle exista également avec trois bras de lumières comme le montre un exemplaire passant en vente :


PAIRE DE BRAS DE LUMIÈRES
Epoque Louis XVI, France, vers 1770/80.
Bronze doré. H 60,5 cm.

Provenance : Collection Arlette et Antony Embden, France.
vente, 8031 Zürich - Suisse, 18/09/2025 : 13h30, proposé par Koller Auctions

Sources :
Minutier central des notaires, archives Nationales
Les bronzes doré français du 18e siècle, Pierre Verlet, ed. Picard.
Site du chateau de Versailles

mercredi 3 septembre 2025

Jean-Charles Ellaume, Maître ébéniste reçu le 6 novembre 1754

Note biographique :

Né en 1714 (?), Jean-Charles Ellaume dit parfois Allaume ou Elleaume fut un ébéniste parisien reçu maître le 6 novembre 1754.
Il avait peut-être un lien de parenté avec Jean-Baptiste Allaume, menuisier rue Traversière, cité en 1752 parmi les créanciers du marchand-mercier Sallière.
Son atelier se trouva également jusqu’en 1775 rue Traversière dans le quartier du faubourg Saint-Antoine, à Paris.

Entre 1755 et 1756, il prit trois apprentis en formation :
- Pierre Toffier, fils d'un compagnon charpentier,
- François-Joseph Cannelière, fils d'un loueur de carrosses,
- Antoine Verjus, fils d'un major.

En 1767, Jean-Charles Allaume, maître menuisier ébéniste et Catherine Claude Morel (son épouse), renouvelaient pour 9 ans le Bail d'une maison rue Traversière, moyennant 650 livres de loyer annuel par Jean Turlin, marchand épicier grande rue du faubourg Saint-Antoine.
Ils renouvelèrent ce même bail pour 750 livres en 1776 au profit Denise-Reine Grandin, épouse séparée de biens de Jean Turlin.

Sa production se compose de très nombreuses commodes et bureaux plats sobres de style Louis XV, Transition et Louis XVI.
Il pratique le plus souvent le placage en frisage de bois de rose ou de violette encadrés de palissandre ou d'amarante.
Il sous-traita également pour ses confrères ébénistes, tels Léonard Boudin, Jean-Baptiste Fromageau ou Jean-Baptiste Tuart. Cette production sous-traité est de plus grande qualité.
Par ce biais, certains de ces meubles ont pu entrer dans les collections du Garde-meuble de la Couronne.

Quelques œuvres en collections publiques :

- Commode Tombeau Louis XV, Musée Lambinet, Versailles.


- Commode tombeau, Louis XV, vers 1760, Lyon, musée des hospices civils


- bureau plat Louis XV, Mobilier National


Bibliographie et sources :
Archives Nationales, Minutier central des notaires
Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle - Pierre Kjellberg - Les Editions de l'Amateur
Les ébénistes du XVIIIe siècle - Comte François de Salverte - Les éditions d'Art et d'Histoire

lundi 11 août 2025

Wallet et Huber ou la sculpture en carton-pierre à Versailles

Petite note biographique sur ces deux artistes-artisans sculpteurs qui furent actifs sur le chantier du musée d'histoire de Versailles sous Louis-Philippe, mais pas que !!!

Sculpteurs-décorateurs spécialisés dans le carton-pierre, ils sont connus à partir de 1823.
Louis Etienne Wallet et César Joseph Eusèbe Huber, qualifiés de "Sculpteur du roi", étaient les successeurs de MM. Hirsch et Mezière, au 3 rue Porte-Foin à Paris.
En 1837, ils transfèrent leur entreprise au 20 rue Bergère ou il exercèrent jusqu'au début du règne de Napoléon III.
En 1844, leurs ateliers occupaient pendant toute l'année 120 ouvriers, 10 sculpteurs et 5 menuisiers.
Leur fonds de commerce se composait de creux ou moules en plâtres reproduisant des ornements, reliefs, rondes-bosses et sculptures de toutes les époques.
Ils participèrent aux Expositions des produits de l'industrie française entre 1823 et 1844 ou ils remportèrent plusieurs médailles d'argent et de bronze.

La technique du carton pierre

Cette technique est héritière des décors de théâtre, de fête ou de château d'ancien régime ou l'on utilisait alors du carton moulé. Celui-ci remplaçait la sculpture sur bois à l’exécution longue et onéreuse.
Ce matériaux périssable ne résistant pas aux intempéries, on finit par lui ajouter de la poudre de pierre.
Ce carton-pierre, malléable, solide, économique et léger, se développera à partir de 1806 dans les ateliers du sieur Méziere.
Les recettes varient mais gardent en commun le mélange de poudre de pierre ou de craie, de papier mâché, de colle animale et de lanières de cuir ou d'armature de métal.
La pâte obtenue est mise en forme dans des moules de cuivre ou de plâtre.
Passée des décors de spectacles aux habitations, cette technique permit de fabriquer des ornements en série vendus sur catalogue à prix modique.
Néanmoins, le carton-pierre sera assez rapidement remplacé par le staff inventé en 1856.

Wallet et Huber au service de la couronne

Leur carrière au service des maisons royales commença donc sous la restauration.
À l’exposition de 1823, Wallet et Huber présentérent entre-autres un « Christ d’un très-bon style ».
En 1825, ils travaillaient aux décors du sacre de Charles X à Reims.
En 1827, ils exposèrent une statue plus grande que nature de Henri IV en carton-pierre imitant le bronze dans la salle d'assemblée au Louvre.
En 1828, il éditèrent un recueil gravé, catalogue de leurs ornements, réédité en 1850.

Le plus fort de leur carrière se situe sous le règne de Louis-Philippe et en particulier sur le chantier du musée d'histoire de Versailles.
Car en dehors des socles en faux marbre pour les torchères de la galerie des glaces, ils apparaissent dans la fabrication de nombreux décors même si ceux-ci généralement peu précis sont difficiles à identifier surement.
Tout au plus les imaginent-on, au travers des comptes des bâtiments de la Couronne, travaillant dans l'aile du midi à la galerie des Batailles, la salle du sacre ou celle de 1792, aux décors entièrement crées sous Louis-Philippe ou ils fallait aller vite et à moindre coût.
Les sommes qui leur furent versées sur ce chantier entre 1833 et 1844 furent néanmoins conséquentes.

A côté de ce grand oeuvre de Versailles, ils sont également cités sur d'autres demeures royales dont Compiègne (1836), Randan pour Mme Adélaide (1840), Fontainebleau (1842, 1843,1845) pour des travaux de décoration à l'escalier de la Reine, l'ensemble du 1er étage et la porte de Saint-Louis.
En 1845, ils travaillaient au rétablissement de la sculpture du fronton au-dessus de l'entrée de la chapelle du palais de Saint-Cloud.
Ils apparaîtront encore vers 1852-1853 sur le chantier du théâtre impérial du château de Fontainebleau.

Hors des chantier royaux, ils œuvrèrent aux décors de l’hôtel de ville de Paris et de l’hôtel de Bourvallais (actuel ministère de la justice).

mardi 29 juillet 2025

Jean-Pierre Louis, menuisier impérial et royal

Jean-Pierre Louis, maître menuisier actif entre 1787 et 1832, était le fils de Charles-Borromée Louis (mort en 1807) et de Anne Defer. Son père avait été reçu maître menuisier en bâtiment le 2 juillet 1757.
Jean-Pierre Louis reçu sa maîtrise de menuisier en sièges à Paris le 5 septembre 1787.
Il fit peut-être deux mariages, le premier en 1794 avec Marie-Anne Beguin et un second en 1810 avec Marie-Victoire-Jeanne-Françoise Martin.

A la réception de sa maîtrise, il prit la succession de son père, rue du Jour.
Après la Révolution, il transféra sa boutique au 21 de la rue Saint-Nicolas.
Son activité fut importante sous l'Empire ou il livra à l’Administration de nombreux sièges pour les ministres et les grands- officiers de la Couronne.
Sous la Restauration, il échoua en 1824 à obtenir un brevet de fournisseur officiel du garde-meuble mais continua néanmoins de fournir la couronne. Il livra le conseil d'état et les Tuileries.
Sous Louis-Philippe, il reçut des commandes pour Compiègne, Saint-Cloud, le Grand Trianon et les Tuileries.
il fut également employé par le duc de Bourbon et collabora avec Jacob Desmalter pour le duc de Richelieu, ministre des affaires étrangères.
Il cesse ses livraisons au garde-meuble après 1832.
Les collections nationales conservent encore de nombreux sièges de sa fabrication : Mobilier National, Versailles, Fontainebleau, Chantilly.

Sources :
Minutier central des notaires, Archives nationales
Denis Ledoux-Lebard, Le Mobilier Français du XIXeme Siecle 1759-1889. Dictionnaire des ébenistes et des menuisiers.

François-Claude & Louis-Charles-François Menant, menuisier en siège de père en fils


François-Claude Menant, baptisé le 2 février 1757, paroisse Sainte Marguerite à Paris, était le fils de Claude André Menant et de Marie Renée Huchet.
Il fit deux mariages, le premier en 1781 avec Marie Antoinette Gravey et le second en 1787 avec Marie Antoinette Geneviève Riceur.

Il fut reçu maître menuisier à Paris le 19 septembre 1786 et s'installa rue de Charenton.
Sa clientèle reste inconnue mais il travailla pour le marchand-tapissier Devonges.
Il prit part à la révolution. Le 17 août 1792, il était juré au Tribunal révolutionnaire de Paris.
Engagé volontaire, il mourut des suites de blessures lors de la guerre dans le nord de la France en septembre 1793.

son estampille

Il a laissé des sièges et bois de lit de bonne facture de style Louis XVI dont certains sont conservés au Mobilier National ou au Musée des Arts décoratifs à Paris. Le musée de Versailles a en dépôt un fauteuil de bureau canné en noyer de ce menuisier.
Pour certains de ses sièges les plus richement sculptés, il semble avoir travaillé avec le sculpteur ornemaniste Nicolas Poirion.



Paire de fauteuils estampillé FC MENANT et N.PRN pour Poirion
doc. Christie's

Sa veuve, puis son fils Louis Charles François Menant, reprirent l'atelier.
Ce dernier fit faillite en 1811 mais reçut une commande de secours du garde-meuble impérial comprenant chaises, fauteuils, canapés et tabourets d'acajou. Le Mobilier National semble encore conserver une partie de cette commande.
Il exercera jusque vers 1814 mais devenu aveugle, il entra à l’hôpital des quinze-vingt avec son épouse Antoinette-Sophie Pigalle.
Son atelier perdura, cité jusque vers 1826 au Boulevard Saint-Antoine. Il vivait encore en 1832.
Versailles conserve 3 fauteuils de veille de ce menuisier. 

Sources :
Pierre Kjellberg. Le Mobilier français du XVIIIe siècle : Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers.
Denise Ledoux-Lebard. Le Mobilier Français du XIXxeme Siecle 1759-1889. Dictionnaire des ébenistes et des menuisiers.

mardi 24 juin 2025

Jean-Jacques Werner (1791-1849), menuisier-ébéniste-décorateur, fournisseur du Garde-meuble de la couronne

Né à Berne en Suisse vers 1791, Jean-Jacques Werner s'installe à Paris en 1812 au 107 de la rue Saint-Dominique avant de transférer sa boutique rue Vaneau en 1837, puis rue de Grenelle-Saint-Germain en 1839 et enfin rue Saint-Dominique-Saint-Germain de 1844 à 1849.
Il se marie en 1812 avec Marie-Louise Chassan, brodeuse, dont il aura un fils prénommé Jean-Louis, né en 1813.

Il produisit des meubles en bois français indigène tel que le frêne, l'if, l'orme, le mûrier et le cornouiller.
Il est récompensé par une médaille d'argent aux expositions des produits de l'industrie française en 1819, 1823, 1827 et 1834. En 1820 il obtint le titre de fournisseur du Garde-Meuble de la Couronne.

commode-secrétaire acquise par Charles X en 1827
place au grand Trianon en 1837

Une de ses étiquettes indique vers 1839 :
J.J. WERNER / DECORATEUR ET FABRICANT DE MEUBLES, / rue Grenelle St Germain 126 / A PARIS / BREVETE DES COURS DE FRANCE ET ETRANGÈRES, / Brevet d'invention, et Médailles de perfectionnement pour les bois indigènes / Fait des envois dans les départements et à l'étranger (à juste prix).

Secrétaire "aux faisceaux" attribué à Werner 
en suite avec la commode à vantaux 
conservée au musée des Arts décoratifs à Paris

Il reçut quelques commandes royales et eut une importante clientèle privée dont la duchesse de Berry au château de Rosny, la princesse d'Eckmulh, le prince Eugène de Beauharnais ou le roi de Bavière dont il fut breveté fournisseur et décorateur de sa maison.
Il meurt veuf le 6 février 1849.

Œuvres en collections publiques :

- commode-secrétaire, exposée au Salon de l'Industrie en 1819, acquise par Charles X en 1827, placée dans la chambre de la Reine Marie-Amélie au grand Trianon en 1837, in situ
- lit en loupe d’orme orné de bronzes dorés (attribué), acquis en 1833, placé dans l'appartement de Madame Adélaïde, sœur du roi Louis-Philippe, au Grand Trianon en 1837, in situ
- Paire de chaise apportée à Versailles en 1840, Grand Trianon
- Secrétaire en armoire en loupe de frêne et bronzes dorés, présenté à l'Exposition des produits de l'Industrie de 1823, Paris, Musée des Arts décoratifs
- commode à vantaux en loupe d'amboine et bronze doré, vers 1820, Paris, musée des Arts décoratifs (dépôt du musée de l'armée)
- Petite table à ouvrage, vers 1839, Paris, musée du Louvre
- Ensemble de 12 fauteuils, 12 chaises à barrettes, 6 chaises à dossiers pleins et 8 banquettes, Dijon, Grand théâtre, 1828
- console rectangulaire en console (en acajou ?), époque empire, Paris, collection du Mobilier National
- guéridon rond tripode en loupe, époque restauration, Paris, collection du Mobilier national
- paire de chaise en bois verni, époque restauration, Paris, collection du Mobilier national
- table à écrire en acajou, époque restauration, vers 1839, Chantilly, Musée Condé,
- commode à 5 tiroirs en acajou, époque restauration, vers 1820, Chantilly, musée Condé.

Bibliographie : Denis Ledoux-Lebard, le mobilier français du XIXe siècle, editions de l'amateur, 2000

lundi 23 juin 2025

Alexandre Maigret, actif de 1775 à 1826, tapissier du garde-meuble

Alexandre Maigret, tapissier du garde-meuble impérial et royal, fut actif de 1775 à 1826.
Né vers 1750 (?), il apparaît comme marchand-tapissier et ébéniste dès les années 1775-1780.
Peut-être avait-il un lien de parenté avec le menuisier-ébéniste Louis-Charles Maigret, reçu à la maîtrise le 3 octobre 1787, et dont M. de Salverte a relevé l’estampille sur un meuble Louis XVI.
Il est alors établi au 20 rue Vivienne ou il vend des meubles d’ébénisterie, mais aussi des miroirs et des objets en bronze de son confrère Feuchère. Il travaillait également avec le bronzier Thomire.
Bien que cité comme ébéniste, il faisait probablement sous-traiter cette production, en particulier auprès de l'ébéniste Bouillon.
Pour les sièges, il se fournit entre-autres auprès de Pierre-Antoine Bellangé ou Pierre-Gaston Brion.

Pendant la révolution, il se porta acquéreur de tapis de Savonnerie et de tapisseries lors des ventes des collections royales, pièces qu'il tentera de revendre au garde-meuble sous l'empire et la restauration.

En 1805, il est devient l'un des fournisseurs du Garde-Meuble impérial.
En 1813, il obtient le brevet de tapissier du garde-meuble, titre qu'il conservera jusqu'en 1817.
Il livrera de nombreux meubles d’ébénisterie et de menuiserie ainsi que des tentures pour les palais impériaux dont Les Tuileries, Saint-Cloud, Meudon, Versailles et les Trianons, Fontainebleau, Compiègne, Strasbourg, Laeken...
Il fournit notamment plusieurs métiers à broder pour l’impératrice Marie-Louise.

Métier à Broder de l'impératrice Marie-Louise
Livré au Grand Trianon par Maigret

Sous la Restauration, les commandes se firent rares. Il livra quelques meubles pour la duchesse de Berry au château de Rosny.
Il cède son activité à son fils Alexandre-François en 1826. Il vendit une partie de son stock, meubles d’ébénisterie et 18 tapis de la Savonnerie aux armes de France, au garde meuble royal avant de prendre sa retraite.

secrétaire en cabinet d'époque Empire
vendu par Maigret au garde-meuble en 1826

Certaines de ses œuvres sont aujourd'hui conservées à Versailles, Fontainebleau, au Mobilier National, au Sénat.

quelques œuvres conservées à Versailles :

- ensemble de sièges livré pour le petit salon attenant à l'appartement de l'Empereur sur l'orangerie au palais de Saint-Cloud, menuiserie attribuée à Bellangé, 1808
- métier à tisser livré pour le boudoir de l'Impératrice Marie-Louise au Grand Trianon, 1810
- Psyché livrée pour l’appartement du roi de Rome aux Tuileries, Maigret et Thomire, 1811,
placé dans la chambre de Marie-Amélie au grand Trianon en 1834.
- ensemble de siège livré pour le premier salon du grand appartement du palais de Meudon, 1811
- ensemble de siège livré pour la chambre à coucher du grand appartement du palais de Meudon, 1811 (déposé à Fontainebleau)
- console livrée pour la chambre à coucher du grand appartement du palais de Meudon, 1811
- secrétaire en cabinet vendu au Garde-Meuble de la Couronne en 1826,
envoyé au Grand Trianon en 1837 pour l'appartement des princesses.
- secrétaire en armoire vendu au garde-meuble de la couronne en 1826,
envoyé aux Tuileries en 1830 puis Trianon en 1838.

Bibliographie:
Denis Ledoux-Lebard, Le mobilier français du XIXe siècle, Editions de l'amateur, 2000
Mathieu Da Vinha et Raphaël Masson (dir.), Versailles, Paris : Bouquins, 2015.

lundi 16 juin 2025

Jean Avisse (1723-après 1796), maitre menuisier en sièges

Né en 1723 et mort après 1796, Jean Avisse est probablement cousin avec le menuisier en siège Michel Avisse.
Il fut reçu maître menuisier le 10 novembre 1745. Il fit enregistrer ses lettres de maîtrise au Châtelet de Paris le 18 avril 1747. 
Il s'installa rue de Cléry, secondé par son épouse Marie-Anne Gourdin, issue elle aussi d'une important famille de menuisiers.

Il acquiert sa notoriété grâce à la qualité de son travail. Il exécuta de beaux sièges richement sculptés dans les styles Louis XV et Louis XVI.
Les archives livrent quelques-uns des sculpteurs sur bois ayant travaillé sur ses sièges les plus luxueux parmi lesquels Jean-François Baillard, Pierre Rousseau, Claude Vinache ou Nicolas Heurtaut.

Si des livraisons au garde-meuble de la Couronne restent à confirmer, Jean Avisse eut une importante clientèle privée au travers de marchands-tapissiers dont la duchesse de La Tremoille, la marquise de Chabannes, la comtesse de Fontenay et le chevalier de Lamotte, lieutenant de louveterie au département d'Auvergne.

Malgré les nombreuses commandes, il déposa son bilan à deux reprises, en 1769 et 1776 mais reprit chaque fois son activité au 124 rue de Cléry et ce jusqu'en sa mort en 1796.

Quelques oeuvres en collections publiques :

- Tabouret Louis XV, estampille Jean Avisse (Don du docteur Marcel Durand), château de Versailles, non exposé
- Paire de bergère Louis XV, estampillées Avisse (donation duchesse de windsor), chateau de Versailles - non exposées, non illustrées
- Voyeuse à genoux utilisée en chaise prie-Dieu, Louis XVI, provenant de Saint-Cloud au 19e siècle,  château de Versailles, non exposée, non illustrée.
- Suite de 5 fauteuils Louis XV (don docteur Marcel Durand), château de Versailles, non exposés, non illustrés.
- Fauteuil de bureau canné Louis XV, Versailles, musée Lambinet
- Fauteuil à la reine - Musée des Arts Décoratifs - Paris

- Lit de repos Louis XV - Musée Nissim de Camondo

- Canapé et deux fauteuil à la reine Louis XV - Paul-Getty Museum - Malibu
- Paire de bergères - Musée des Arts Décoratifs - Lyon
Le mobilier national conserve deux chaises sobrement moulurées de ce menuisier.



Sources et Bibliographie
Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle - Pierre Kjellberg - Les Editions de l'Amateur - 2008
Les ébénistes du XVIIIe siècle - Comte François de Salverte - Les éditions d'Art et d'Histoire – 1934